




« Bons Baisers de Granville 3, les collections du Musée d’art et d’histoire »
5 avril – 9 novembre 2025
Bons baisers de Granville 3 est le dernier volet d’un cycle de trois ans durant lequel les collections du Musée d’art et d’histoire sont mises à l’honneur au Musée d’art moderne Richard Anacréon. Chaque exposition présente une sélection d’œuvres représentatives parmi les 15 000 objets du musée.
En 1885, année de création du Musée de Granville, le géographe Elisée Reclus publiait sa description de la ville, qu’il qualifie le premier de « Monaco du Nord ». Au-delà des clichés, la nouvelle édition de Bons baisers de Granville invite à redécouvrir les images emblématiques de Granville en suivant les pas du géographe. Images de la pêche à Terre-Neuve et du corsaire qui dominent l’histoire de la cité jusqu’au début du 20e siècle, présence du port dans la ville rendue par les peintres ou photographies de la Belle Epoque, quand Granville devient lieu de villégiature. Ces stéréotypes nourrissent l’imaginaire collectif des Granvillais comme des voyageurs, illustrent la communication touristique et les bibelots. Si les vacanciers repartent de Granville avec des objets souvenirs dès la fin du 19e siècle, les marins granvillais en font tout autant en sillonnant les mers du globe. Objets exotiques, objets d’arts, coquillages sont ainsi exposés dans les cabinets de curiosités des armateurs et érudits.
A notre tour de voyager à la découverte d’aventures individuelles et collectives, guidés par les collections du Musée d’art et d’histoire de Granville.
Points de vue
Bénéficiant de l’essor de la peinture de paysage, la Normandie captive les peintres durant le 19e siècle. Pittoresque, facile d’accès depuis les foyers artistiques que sont Londres et Paris, ses qualités ne manquent pas pour séduire les paysagistes.
Lorsque leur tour de la Normandie passe par Granville, les artistes en multiplient les représentations. Les envois annuels au Salon des artistes français, cœur officiel de la création artistique à Paris, témoignent d’une représentation continue de Granville tout au long du 19e siècle. Les scènes de la vie locale, les représentations des falaises, les îles Chausey, le port et son activité font partie de leurs sujets de prédilection.
Depuis l’Antiquité, les artistes ont représenté les multiples fonctions portuaires, militaires ou économiques, à l’instar de la série des ports de France, commandée à Joseph Vernet par Louis XV et à laquelle est rattachée la Vue de la ville et du port de Granville assiégés par les Vendéens par Jean-François Hue. Depuis le 19e siècle, les peintres naturalistes et impressionnistes rendent compte des changements induits par la révolution industrielle. Les ports, comme les gares, accueillent de nouveaux types de transports de marchandises et passagers, les activités économiques et les échanges évoluent. Les bisquines et les terres-neuvas persistent à côté des vapeurs, tandis que les grues et les voies de chemin de fer modifient le paysage. Les artistes illustrent à la fois les persistances et les innovations, dans un paysage en constante évolution.
Cap sur Terre-Neuve
La pêche à la morue a fortement contribué à la richesse de l’économie granvillaise entre les 16e et 20e siècles. A la veille de la Révolution, le port de Granville disputa même la place de premier port morutier de France avec Saint-Malo et sa flotte approchait la centaine de terre-neuviers. Recrutés jusque dans l’arrière-pays manchois, les marins embarquaient pour de longues campagnes de pêche de six à huit mois vers les bancs de Terre-Neuve, sans avoir la certitude de revoir leurs proches. Les conditions à bord étaient très périlleuses en raison des nombreux risques de naufrages, accidents et maladies. Afin d’illustrer cette section, des équipements de marins, des objets, des tableaux et des cartes postales seront présentés.
A l’abordage
La guerre de course, qui consiste à détruire la marine marchande de l’ennemi en haute mer, a été largement pratiquée à Granville, port militaire et port de pêche actif en temps de paix comme en temps de guerre.
La course a favorisé l’émergence de grandes figures locales comme Pléville le Pelley (1726 – 1805), qui a commencé comme mousse et a fini sa carrière de marin comme Ministre de la Marine de Napoléon.
La présentation des tableaux, objets et archives s’articulent principalement autour du tableau de Maurice Orange, Le Retour des Corsaires (1899), scène idéalisée du débarquement d’un équipage anglais fait prisonnier à Granville.
Chausey en vedette
L’archipel de Chausey, situé à 16 km au large de Granville, est baigné par les plus fortes marées d’Europe. Les éléments ont sculpté un paysage unique, donnant naissance d’après la légende à 52 îles à marée haute et 365 à marée basse, dont les rochers et îlots portent les noms poétiques de l’Eléphant, les Moines ou la Chimère. La faune et la flore particulièrement riches de Chausey sont protégées depuis 2004 par le classement Zone Natura 2000.
L’archipel est occupé par l’Homme depuis la Préhistoire : un cromlech et des menhirs en témoignent encore. Chausey n’apparaît dans les textes qu’au 11e siècle, lorsque les îles sont données par le duc de Normandie Richard II aux moines du Mont Saint-Michel. L’histoire de l’archipel, situé à un emplacement stratégique pour la conquête de la Normandie et de la Bretagne, est émaillée par les conflits entre Français et Anglais jusqu’au 19e siècle. Son rattachement officiel en 1802 à la Ville de Granville met un terme aux revendications territoriales.
Malgré les conflits et l’incessante contrebande, l’exploitation des ressources s’est poursuivie jusqu’à son apogée au 19e siècle. Les carriers partagent alors l’île avec les barilleurs et les pêcheurs. Le varech est transformé en soude pour la fabrication du verre et du savon par les barilleurs, tandis que les pêcheurs exploitent les ressources d’un écosystème remarquablement favorable aux crustacés. Grâce à cette économie dynamique, Chausey se dote d’un village en 1825, d’un phare en 1847, d’une chapelle en 1848, d’un fort en 1866, d’un sémaphore en 1867 et la forteresse du 16e siècle est reconstruite par l’industriel Louis Renault en 1922.
Tous à l’eau
Depuis la fin du 18e siècle, suivant l’exemple anglais, la médecine vante les vertus des bains de mer et le climat littoral. Les côtes françaises se transforment pour accueillir les citadins en cure puis en villégiature de plaisir. Avant même l’ouverture du premier salon en bois pour les baigneurs en 1828 et agrandi en 1858, Granville est une station balnéaire prisée. L’arrivée du train direct depuis Paris en 1870 stimule son essor.
Les premières cabines de plage apparaissent, d’abord tractées jusqu’à la mer pour éviter aux femmes de se montrer en costume de bain. Progressivement, les cabines deviennent fixes et la promenade du Plat-Gousset est aménagée à partir de 1859. La plage devient un espace partagé, réglementé par les polices des bains de mer dictées par les élus locaux, tandis que le casino développe ses animations pour distraire les premiers touristes.
Les hôtels et les villas se multiplient, le casino actuel est construit en 1911. La place qui mène à la plage du Plat-Gousset prend son nouveau visage à la fin des années 1920.
Les commerçants s’adaptent à cette nouvelle clientèle et proposent des souvenirs, fabriqués en série en région parisienne dès la fin du 19e siècle. La Chambre de commerce organise et promeut le carnaval à partir de 1875, les traditions locales deviennent un argument touristique. A côté d’un port de pêche toujours dynamique, Granville développe une autre facette, ancrée dans ses singularités folkloriques ou historiques, pour attirer les estivants.
Voyage, voyage
A l’image de nombreuses villes portuaires, Granville s’est ouverte sur le monde et a multiplié les échanges avec l’ailleurs. Pêcheurs, corsaires, armateurs, soldats ou officiers, les marins granvillais ont sillonné les mers du globe et rapporté de leurs expéditions des souvenirs aussi riches que variés, venant orner les étagères de cabinets de curiosités alors en vogue de la Renaissance jusqu’au 19e siècle (animaux naturalisés, coquillages, objets d’arts, armes…). Chacun des cinq continents est ainsi représenté dans les collections du Musée d’art et d’histoire, parmi lesquelles il n’est pas surprenant d’observer un casse-tête kanak côtoyer une dent de cachalot, une longue-vue vénitienne du 18e siècle ou des scarabées du Congo.
Marqués par l’orientalisme en vogue au 19e et au début du 20e siècle, les peintres locaux Maurice Orange, Pierre Brette, Henri Rudaux, Jacques Simon ainsi que des anonymes ont voyagé en Afrique du Nord et représenté ses habitants, paysages et monuments dans leurs tableaux et dessins.
Afin de satisfaire une clientèle friande de ces représentations et récits de voyage, l’artisanat européen a produit dès le 18e siècle de la céramique et des arts décoratifs d’inspiration orientale au style rococo, à l’exemple des « chinoiseries ». Leurs motifs utilisent un langage figuré et fantaisiste de contrées imaginaires, avec tantôt des pagodes et des costumes traditionnels chinois, tantôt des Amérindiens figurant à demi-nu.
Comme une carte postale figeant le temps, l’exposition Bons baisers de Granville 3 aborde l’image que l’on se fait et que l’on transmet de la cité, ancrée principalement dans les souvenirs du 19ème siècle. Des procédés de médiation pédagogiques, sonores, visuels ou tactiles, permettent à tous de s’approprier cette histoire locale.
Musée d’art moderne Richard Anacéron
Place de l’Isthme / 02 33 51 02 94 / musee.anacreon@ville-granville.fr / Horaires et tarifs