À la croisée des beaux-art et de la littérature
Autour de deux thèmes représentatifs des collections, portraits et paysages, peintures, dessins et sculptures du XXe siècle dialoguent avec une sélection d’ouvrages, manuscrits et correspondances.
Des dépôts d’artistes tels qu’André Lhôte, Raoul Dufy, Kees Van Dongen, provenant du Musée national d’art moderne-Centre Pompidou, complètent la collection de beaux-arts et de bibliophilie léguée par Richard Anacréon, libraire parisien originaire de Granville.
De Colette à Joséphine Baker,
l’émancipation par l’art
Correspondant et ami de figures emblématiques de l’émancipation féminine, telles que Colette, Marie Laurencin ou Natalie Clifford Barney, Richard Anacréon a constitué une collection reflétant l’évolution des rôles des femmes et de leur liberté créatrice.
Les années Vingt, dites « années folles », sont marquées par une frénésie de vivre qui s’empare de la population au lendemain de la Première Guerre mondiale. Les bouleversements dans les domaines de la danse, de la musique, de la littérature, de l’art ou encore de la mode attirent à Paris des personnalités du monde entier à l’instar de l’icône Joséphine Baker. Ces « femmes nouvelles », autant créatrices que provocatrices, investissent des sphères jusque-là inaccessibles, participent au renouveau des arts, de la littérature et acquièrent une reconnaissance inédite. Leur renommée, tout comme les amitiés cultivées au sein des cercles qu’elles côtoient ou animent, contribuent à l’essor de collaborations artistiques.
Leur quête d’émancipation dépasse le champ artistique pour s’affirmer dans leur mode de vie, leur apparence ou leur sexualité. Au-delà de la sphère culturelle, cette évolution s’accompagne de conquêtes fondamentales telles que l’accès à l’éducation, au droit de vote et à des carrières professionnelles.
Au-delà de la sphère culturelle, cette évolution s’accompagne de conquêtes fondamentales telles que l’accès à l’éducation, au droit de vote et à des carrières professionnelles.
Colette (1873-1954),
l’insoumise
Figure incontournable de la littérature française du XXe siècle, Colette incarne l’audace d’une époque en pleine mutation.
Prête-plume dans l’ombre de son époux Henry Gauthier-Villars, dit Willy, Colette s’affranchit finalement en 1906 des entraves de ce mariage sulfureux, revendique la parenté de Claudine, son personnage emblématique, et livre plusieurs ouvrages phares du nouveau siècle. La renommée qu’elle acquiert à travers ses textes, tous emprunts de sa personnalité frondeuse et scandaleuse, tels La Vagabonde qui aborde le monde du music-hall, Le Blé en herbe inspiré de sa liaison avec son beau-fils ou Le pur et l’impur, réflexions sur les amours interdits, lui permet d’intégrer les hautes sphères littéraires et mondaines.
Liée aux milieux artistique et intellectuel, elle fréquente, entre autres, le salon de Nathalie Clifford Barney, côtoie Raoul Dufy ou Jean Cocteau et s’associe à Jacques Nam pour un ouvrage dédié à leur passion commune pour les chats. Colette joue également de son influence pour soutenir son ami Richard Anacréon pour l’ouverture de sa librairie parisienne L’Originale à qui elle offre l’un de ses bureaux.
Signe de sa reconnaissance institutionnelle, Colette intègre l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique en 1935 avant d’être élue à l’Académie Goncourt en 1945 dont elle devient la présidente en 1949. Sa liberté de parole en fait l’une des pionnières du renouveau de la condition féminine du XXe siècle.
Gen Paul (1895-1975), l’autodidacte de Montmartre
Peintre, dessinateur et graveur, Gen Paul, de son vrai nom Eugène Paul, est indissociable du quartier de Montmartre dont il est originaire. Cultivant de nombreuses amitiés artistiques, son chemin croise ceux de Louis-Ferdinand Céline, Camille Pissarro, Maurice Utrillo ou encore Maurice de Vlaminck.
Autodidacte, il compose un style empreint d’expressionnisme marqué par les influences glanées tant auprès de ses contemporains que de peintres l’ayant précédé. Gravement blessé lors de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il perdit sa jambe, Gen Paul déploie sa pratique et se forge une réputation dans les années 1920 dans un style coloré et frénétique. Il figure alors des vues de Paris, des représentations de la vie quotidienne ou encore des musiciens et artistes. Reconnu, il est notamment chargé de la réalisation d’un important décor peint destiné au pavillon des vins de l’Exposition internationale de 1937.
Malgré une carrière ternie par son addiction à l’alcool, sa proximité avec Céline et ses fréquentations controversées durant l’Occupation, Gen Paul poursuit jusqu’à la fin de sa vie ses explorations artistiques. Il se fait parfois plus sombre et imprécis avant de revenir à un style proche de ses débuts. Sensible à la calligraphie et au mouvement, il livre un travail aux multiples facettes et occupe une place majeure dans le paysage artistique de son époque.